Comment trader des ETFs (ou trackers) US depuis l’Europe ?

20 Juin
Titre Trading Trackers US

Comment trader des ETFs (ou trackers) US depuis l’Europe ?

L’entrée en vigueur du règlement européen PRIIPs (Packaged Retail Investment and Insurance-based Products Regulation) en 2018 dans le cadre de MiFID II, rend l’investissement sur des ETFs (aussi appelés trackers) américains beaucoup plus compliqué. Il oblige tout émetteur de ce genre de produits de fournir un Key Information Document pour chaque produit qu’il propose. En France, ce document porte le nom de Document d’Informations Clés ou DIC. PRIIPs est un règlement européen directement applicable au droit français, sans transposition d’une loi nationale. Jusqu’à présent, les émetteurs de ces produits n’ont pas fourni le DIC et par conséquent, il n’est pas possible d’acheter ces produits depuis la France pour les investisseurs particuliers.

On peut contourner l’interdiction en ouvrant un compte professionnel chez certains brokers européens et internationaux mais d’une part cela supprime un certain nombre de protections dévolues aux particuliers et d’autre part il faut pouvoir justifier soit d’un volume de trading important, soit d’un patrimoine financier conséquent ou d’un statut professionnel via des études ou un emploi dans le secteur financier.

Je ne vais pas rentrer dans les détails mais pour en savoir plus sur ce fameux règlement PRIIPS, vous pouvez vous rendre sur le site de la FSMA en cliquant ici ou sur le site de l’AMF ou sur le site de l’AMF en cliquant ici.

Il est peu probable que ces émetteurs américains ne se soumettent aux lois européennes à brève échéance car le marché américain des trackers est déjà très concurrentiel et les marges pour les émetteurs de trackers sont très faibles alors embaucher des dizaines de personnes en juridique, compliance, traducteurs, ne serait probablement pas rentable.

Cela prive donc les investisseurs européens des 3 principaux avantages des trackers US :

  • pouvoir investir sur des milliers d’ETFs américains très performants portant sur des actifs, sous-jacents et stratégies extrêmement diversifiées ;
  • bénéficier de coûts bien inférieurs aux coûts des ETFs français, exemple, les frais annuels du tracker iShares S&P 500 ETF (CPX) s’élèvent à 0,07 %, le tracker sur le même indice chez Amundi en France aura des frais de 0,14% (le double et encore on reste sur des frais très compétitifs) ;
  • profiter d’une liquidité bien plus importante, gage de sécurité et d’optimisation des points d’entrée et sortie.

Le problème quand on trade la volatilité, c’est qu’il n’existe tout simplement pas d’ETFs disponibles en France à l’heure où j’écris ces lignes.

Les ETFs VXX, SVXY, UVXY ou TVIX qui sont les plus importants, ne sont pas disponibles aux particuliers avec un compte ouvert sur un broker en France.

Quelles sont donc les alternatives pour trader la volatilité sans accès direct aux ETFs US ?

“Stock Replacement via Options” ou Substitution par les options en Français

Au premier abord, le mot “option” peut vous faire fuir si vous n’en avez jamais manié, mais rassurez-vous, une fois la méthode bien comprise, cela ne sera pas plus compliqué ni plus long que d’acheter un simple ETF via votre broker.

En premier lieu, il vous faut vérifier que les options sur l’ETF sous jacent sont bien disponibles. J’utilise Interactive Brokers qui est un des plus gros brokers et un des moins cher, mais les options sont également disponibles en ouvrant un compte sur IG ou de multitudes d’autres brokers.

Dans le cas du trading sur la volatilité, ce qui va nous intéresser c’est de savoir si le broker propose les options (calls et puts) sur le VXX.

Principes fondamentaux du système de Substitution par Option
  1. Cette technique permet d’investir sur une position à l’achat (long) ou à la vente (short)
  2. Capacité à trader sur des actifs sur lesquels vous êtes potentiellement restreints (limite du broker ou pays de résidence européen comme évoqué plus haut)

Imaginez un actif (par exemple le VXX) dont le cours actuel est de 50€, n’importe quelle Call Option sera “dans la monnaie” (in the money en anglais) pour tout prix en dessous de 50€. Donc une option call de 40€ sera dans la monnaie. “Très dans la monnaie” (Deep in the money”) signifie simplement encore plus éloigné (en restant inférieur) du cours actuel.
Donc un call à 30€, dans la mesure où il est très inférieur au seuil du cours actuel sera très largement dans la monnaie.
Le plus dans la monnaie la call option sera, le plus élevé sera l’indicateur delta. Le delta est un symbole grec qui représente la variation de prix de l’option par rapport à la variation de prix du sous-jacent (la valeur de delta est comprise entre 0 et 1).
Plus le delta est élevé, plus l’option capturera les mouvements du sous-jacent.
Un delta de 0 signifie que l’option capturera 0% des variations du sous-jacent et un delta de 1 signifie que l’option capturera 100% des variations du sous-jacent.

Individu B
Achat de 1 contrat de call XYZ 40€ (prix d’exercice) largement dans la monnaie à 50€ (prix de l’option)
* Attention 1 contrat d’option call représente une option pour acheter 100 actions
Capital investi : 5.000€ (100xPrix de l’option de 50€)
Individu B
Avec un delta de 1, il gagne également 10€ par action contrôlée au travers de l’option
Profit total : 1000€ ou 20% de gain (1000 sur 5.000 de capital)
Individu B
Avec un delta de 1, il perd également 10€ par action contrôlée au travers de l’option
Perte totale : 1000€ ou 20% de perte (1000 sur 5.000 de capital)

Les bénéfices de cette méthode de substitution par les options sont donc nombreux :

  1. Cela requiert moins de capital pour contrôler le même nombre d’actions
  2. Conserve la plupart / la totalité des bénéfices de détenir l’action
  3. Augmente le retour sur investissement en ajoutant un effet de levier
  4. Réduit la perte maximale en limitant le montant de capital investi

Il est important également de noter les inconvénients de cette stratégie :

  1. Cela introduit un facteur temps (appelée theta), si le sous-jacent ne bouge pas, l’option perdra une petite partie de sa valeur au fur et à mesure du temps qui passe fonction de l’échéance restante
  2. Cela introduit également un facteur volatilité (appelée vega), plus le sous-jacent sera volatil, plus l’option call va gagner de la valeur et à l’inverse si les variations sur le sous-jacent se réduisent, l’option perdra un peu de valeur liée à ce facteur de volatilité
  3. Perte potentielle en% plus importante liée à l’effet de levier comme démontré dans l’illustration ci-dessus

Selon moi, les atouts de cette méthode l’emportent largement sur les inconvénients et cela vaut vraiment la peine de se familiariser avec cette stratégie car vous allez voir qu’on peut fortement nuancer ces inconvénients grâce à quelques astuces simples.

Le premier risque est lié au facteur temps (risque theta)

  • L’un des moyens de minimiser ce risque est de n’acheter que des contrats à échéance lointaine, c’est-à-dire des contrats dont la date d’expiration est à plus de 3 mois. Cela permettra de ne pas avoir de dévaluation importante liée au facteur temps.
  • L’autre moyen consiste à rebalancer régulièrement, c’est-à-dire que l’on ferme le contrat ouvert si la date d’expiration approche pour en rouvrir un nouveau avec une nouvelle échéance un peu plus lointaine.

    Ces 2 moyens permettent de conserver un risque theta faible et de ne pas être impacté négativement par le facteur temps.

Le second risque est lié au facteur de volatilité (risque vega)

La solution pour éviter ce risque est toute simple, il suffit d’éviter de trader dans un environnement de volatilité extrême et attendre une période plus propice.

Attendre donc une période où la volatilité évolue dans un régime de volatilité moyenne ou de faible volatilité.

Le troisième et dernier risque est lié à l’effet de levier plus important

L’objectif de cette stratégie est de remplacer le trading des ETFs par des options en répliquant le plus possible l’évolution du sous-jacent, donc le but n’est pas d’augmenter le risque de perte en capital via le levier.
Il y a donc 2 choses que l’on peut faire pour éviter ce risque : 

  • Acheter des options avec un indicateur delta plus faible. Je me contente de mon côté d’options qui ont un delta entre 0,7 et 0,8. Cela réduit l’exposition au sous-jacent. Si le VXX varie de 1$ alors l’option variera de 0,7 ou 0,8$. Cela fonctionne dans les 2 sens, la perte potentielle est diminuée mais le gain également. Il faut également prendre en compte que les options delta 0,7 ou 0,8 conservent suffisamment de volume ceci évitant trop de slippage au moment de vos ordres d’achat et de vente. Plus le delta sera élevé, moins le volume sera grand.
  • Réserver le même montant de capital pour acheter des options que vous auriez utilisé pour acheter le sous -jacent. Si on reprend le même exemple que plus haut, avec 1.000€ je peux acheter 100 actions donc théoriquement vu que le contrat d’option coûte 50€ (pour rapel il contrôle 100 actions), je pourrais acheter 2 contrats pour 1.000€ également et donc contrôler 200 actions.
    Cependant, étant donné que je ne souhaite pas de levier, je ne mobilise que 500€ et je n’achète qu’un seul contrat me permettant de contrôler 100 actions, de la même manière que si je les avais achetées directement. Je garde les 500€ restants en cash non utilisé. 

En résumé pour minimiser les 3 risques :

  • Je trade sur des contrats à échéance lointaine et je rebalance régulièrement
  • Je n’achète des contrats d’options que lorsque la volatilité est dans un régime moyen ou faible mais pas extrêmement forte
  • J’achète des contrats avec des Delta plus faibles et je mets de côté le cash non utilisé par sécurité

Conclusion

Puisque une vidéo vaut 1000 mots (voire même un peu plus pour cet article). Je passe avec vous en revue une prise de position théorique pas à pas via mon broker et vous verrez que ce qui pouvait paraître relativement compliqué va vous sembler finalement super simple !

N’hésitez pas à m’indiquer en commentaire si cet article vous a plu et si vous allez tester cette stratégie prochainement. 

Pour tout comprendre à partir d’une mise en situation sur le site de mon broker :

2 comments

  1. Bonjour,

    Merci pour cet article. Pour les européens, Lyxor propose l’ETF LVO (LU0832435464).
    Petite question, au lieu de rebalancer une position short VXX, ne serait-il pas plus rentable de ventre un put ITM sur le SVXY (delta 0,5).
    D’attendre l’assignation et de se retrouver avec 100 ETF sur le SVXY ?

    Thomas

    Répondre
    1. Merci Thomas pour cet article. Effectivement Lyxor propose le LVO mais la liquidité est limitée donc pour le shorter ce n’est forcément évident et il faut éviter que vous ne puissiez pas racheter vos shorts ensuite. Typiquement aujourd’hui Credit Suisse vient d’indiquer qu’ils fermaient 2 ETFs de volatilité, TVIX (2x VXX) et VIIX (équivalent VXX). Pour ce dernier il s’agit d’un problème de taille critique et de liquidité.
      Ensuite pour le LVO, il n’est pas évident de bien comprendre quelle est la pondération sur les Futures car le produit inclut les 5 futures VIX les plus proches mais sans préciser comment se fait le rebalancing.
      Votre question sur la vente de put est pertinente, cependant si vous vendez des options “naked” vous risquez d’avoir un impact plus fort sur la marge requise par votre broker me semble-t-il et cela implique plus de contraintes et de restrictions. Néanmoins en termes de rentabilité brute, effectivement vous collectez la prime. Personnellement je ne le pratique pas car cela me parait moins manœuvrant en pratique dans la mesure où la durée en position sur mes stratégies n’est jamais connue à l’avance, cependant cela mérite de se pencher dessus. Merci pour l’idée

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